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Dictionnaire de l'Académie Française (1694)
Soucieux
de faire du français une langue noble et codifiée, débarrassée des variations
phoniques et grammaticales que subissent les mots, ainsi que des usages
incorrects voire inconvenants, Claude Favre de Vaugelas a milité
pour un usage raisonné de la langue du roi et de sa Cour, s'inscrivant
directement dans la lignée de Malherbe.
Une éducation formatrice.
Claude Favre de Vaugelas est né le 05 janvier 1585 à Méximieux,
dans l'Ain, dans une province encore rattachée au moment de sa naissance
au duché de Savoie. Il est le fils d'Antoine Favre, qui connut une carrière
remarquable en qualité de magistrat au service des ducs - il fut notamment
très proche du duc Charles Emmanuel 1er - et devint en 1610 le
premier président du Sénat de Savoie à Chambéry.
Versé aussi bien dans les arcanes du droit que dans celles des lettres,
Antoine Favre transmit ainsi à son fils une éducation excellente et exemplaire,
l'inscrivant dans les meilleures écoles de la région et le familiarisant
très tôt aux mondes du droit et de la diplomatie. Il fréquenta très tôt,
à l'âge de vingt-deux ans, le monde de la Cour et décida de s'établir
et de faire carrière à Paris, en se mettant notamment au service du duc
de Nemours.
Un
maître traducteur.
Interprète du roi Louis XIII, Vaugelas fut d'abord reconnu
pour ses talents de traducteur. Sa maîtrise de l'espagnol le conduisit
à traduire l'ouvrage de Fonsèque, les Sermons, traduction
parue en 1615 et qui sera la première publication de Vaugelas.
Mais le grammairien est surtout connu pour sa traduction émérite des œuvres
de l'historien latin Quinte-Curce, éminemment apprécié et respecté
des érudits, parmi lesquels on pouvait compter Montaigne. Vaugelas
consacra à cette entreprise trente années de sa vie. Sa traduction fut
publiée en 1653 soit trois ans après sa mort. Elle connut un succès retentissant
et fit longtemps autorité dans le monde des Lettres.
La
juste reconnaissance d'un codificateur prosélytique de la langue.
Grammairien brillant et perfectionniste, Claude Favre de Vaugelas
cultivait, à l'instar de Malherbe, son maître spirituel, de Joachim
du Bellay ou de Henri Estienne, ses illustres prédécesseurs,
une passion pour la langue et l'orthographe françaises, qu'il réforma
par des remarques et des propositions pertinentes pour un usage convenable,
maîtrisé et satisfaisant de la langue, aussi bien à l'oral qu'à l'écrit.
La volonté de réglementer la langue, de la normaliser, sans non plus la
réformer en profondeur, de l'anoblir et, d'une certaine manière, l'enrichir,
fut la principale priorité de Vaugelas. Ses réflexions, qui sont le résultat
de trente années d'observation, ses lectures, ses fréquentations (notamment
celles des salons mondains de Mme de Rambouillet), son expérience
de l'Académie - il fut de fait nommé académicien en 1634 par le cardinal
de Richelieu pour collaborer à la rédaction du Dictionnaire de
l'Académie, qui paraîtra en 1694, et à l'élaboration d'une grammaire
du français - ainsi que ses multiples voyages conduisirent à l'écriture
puis à la parution en 1647 des Remarques sur la langue française, utiles
à ceux qui veulent bien parler et bien écrire, ouvrage où Vaugelas
met en place, sans l'imposer de lui-même, un véritable modèle du parler
de la Cour, où l'on peut lire de multiples recommandations et jugements
sur la manière bienséante, appréciable et appréciée de s'exprimer.
Les travaux de Vaugelas ont naturellement constitué un support
précieux pour les dictionnaires du français parus par la suite, en particulier
ceux de Pierre Richelet (1680) et d'Antoine Furetière (1690).
La première édition du Dictionnaire de l'Académie française est consultable gratuitement sur le site du laboratoire ATILF.
Khalid Alaoui
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